Accueil portail recherche > Actualités


Deux sarcophages en plomb ouverts à l'université

Si l’inhumation d’un corps dans un sarcophage en plomb existe dès l’Antiquité, cette pratique se répand dans les classes sociales privilégiées en Europe à partir du XVIe siècle, face à l’angoisse de la décomposition des chairs et de la disparition des corps.

Au cours d’une opération d’archéologie préventive menée à l’automne 2014 à Flers (Orne), les archéologues de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) ont découvert deux sarcophages en plomb des XVIIe - XVIIIe siècles et, accolé à l’un d’entre eux, un cœur en plomb. Fin février, des membres du CRAHAM (Centre Michel de Boüard, centre de recherches archéologiques et historiques anciennes et médiévales, UMR 6273 UNICAEN/CNRS) associés à des collègues de l’Inrap ont  entrepris l’ouverture et la fouille des deux cercueils. De plus, le CRAHAM a fait appel à l’équipe du département de botanique, mycologie et biotechnologies (Unité ABTE EA 4651 - équipe ToxEMAC) de l’UFR des Sciences pharmaceutiques pour intervenir sur des champignons présents dans les sarcophages. Cette première collaboration entre ces deux laboratoires de recherche de l’université a permis un premier travail commun et une mutualisation de leurs compétences. L’opération de fouille en elle-même s’est déroulée au sein de l’université de Caen Basse-Normandie. Divers prélèvements ont été réalisés en vue d’analyses ultérieures portant notamment sur les matériaux végétaux utilisés pour le rituel d’embaumement et sur la présence éventuelle de parasites. Cette étude paléoanthropologique se veut interdisciplinaire (palynologie, carpologie, entomologie, etc.). Elle permettra, une fois complétée par les recherches menées en archives, d’en savoir plus sur les individus inhumés et sur les pratiques funéraires.

De la découverte des sarcophages à leur étude en laboratoire



La découverte a eu lieu au cours d’une fouille préventive menée par l’Inrap en amont de l’aménagement par la municipalité de la place Saint-Germain à Flers. Prescrite par le service régional de l’archéologie (Drac Basse-Normandie), l’opération avait pour objectif l’étude de l’ancienne église Saint-Germain et du cimetière paroissial. Plus de deux cents sépultures médiévales et modernes, ainsi que des éléments architecturaux de l’église, ont été mis au jour. Deux tombes se distinguent nettement des autres, reflétant des inhumations privilégiées : il s’agit de deux caveaux maçonnés, retrouvés au niveau de l’autel, renfermant chacun un cercueil en plomb du XVIIe ou du XVIIIe siècle, de forme anthropomorphe. Sur l’un d’eux, un cœur en plomb était posé, indice d’une pratique d’embaumement, rituel funéraire généralement réservé à une catégorie sociale élevée. Les deux sarcophages ont été prélevés avec précaution et transférés vers des locaux de l’université de Caen Basse-Normandie. Les archéologues de l’Inrap se sont rapprochés du CRAHAM afin de programmer une étude en laboratoire des deux sépultures. Le cœur en plomb fera l’objet d’une étude ultérieure, impliquant d’autres partenaires.

Intérêt et enjeux de l'opération

Si l’inhumation d’un corps dans un sarcophage en plomb existe dès l’Antiquité, cette pratique se répand dans les classes sociales privilégiées en Europe à partir du XVIe siècle, face à l’angoisse de la décomposition des chairs et de la disparition des corps. Cependant, ce type d’inhumation reste peu documenté et très peu exploré d’un point de vue archéologique. Or, il a le double intérêt d’être souvent accompagné d’une pratique d’embaumement et de permettre une meilleure conservation des éléments organiques, des textiles, etc. La fouille en laboratoire vise à étudier, dans les meilleures conditions possibles, aussi bien les contenants que les individus et leur mode d’inhumation. Ainsi l’étude en cours permettra d’enrichir les connaissances sur un rituel funéraire prisé chez les élites à l’Époque moderne.

Des collaborations scientifiques pour une approche interdisciplinaire

Après deux jours de préparation et une première exploration à l’aide d’une caméra endoscopique, les chercheurs ont procédé à l’ouverture des sarcophages en plomb selon un protocole rigoureux, répondant à des exigences de sécurité élevées. Les sarcophages ont livré deux squelettes complets, bien conservés avec des restes de natures diverses (organiques tels que peau, poils de barbe et de moustache, cheveux ; tissus : linceuls et/ou vêtements ; restes des plantes utilisées pour favoriser la conservation des corps des défunts…). Les archéologues ont eu une dizaine de jours pour fouiller, prélever et étudier les ossements afin d’en tirer toutes les données anthropologiques classiques. De plus, diverses analyses ont été envisagées pendant ou à l’issue de la fouille : étude des textiles pour analyser l’habillement, prélèvements en palynologie (étude des pollens), carpologie (étude des graines) ou pour la chimie organique de manière à caractériser les matériaux végétaux utilisés lors de l’embaumement, ou encore prélèvements  parasitologiques pour rechercher des informations sur l’alimentation des défunts et évaluer leur état sanitaire (maladies infectieuses, pathologie digestive). Cette approche interdisciplinaire permettra de tirer un maximum d’informations tant sur les défunts que sur le rituel d’inhumation auquel ils ont été soumis.

Des sépultures des comtes de Flers ?

Les deux défunts inhumés dans ces cercueils de plomb correspondent à des hommes mûrs. Le premier est âgé d’au moins une soixantaine d’années et comporte plusieurs traces de découpe sur les os (sur les côtes, le sternum, la clavicule droite, le crâne est scié et perforé au trépan a priori post mortem) attestant de l’embaumement à des fins de conservation du corps. Cet individu présente également des atteintes pathologiques importantes, dans la région buccodentaire (caries, kystes et pertes dentaires ante mortem) et sur les vertèbres notamment (spondylarthrite ankylosante). Le second sujet, un peu plus jeune, est également très bien conservé et comporte lui aussi des traces  d’embaumement (découpe des côtes, sciage du crâne, présence de plantes dans l’espace interne du thorax...). Les séquelles d’un traumatisme (possible entorse, conséquence d’une chute ?) ont également été notées sur le fémur gauche de cet homme. Pour l’un comme pour l’autre, divers proches de la famille des comtes de Flers et/ou des religieux pourraient correspondre. Leur identification précise reste toutefois encore soumise aux recherches archivistiques qui continuent d’être menées parmi les 4 500 actes se rapportant au cimetière de Flers (baptême, mariage, décès) et aux chartriers (documents familiaux) des comtes de Flers.

Le centre Michel de Boüard - CRAHAM

Le Centre Michel de Boüard, centre de recherches archéologiques et historiques anciennes et médiévales (CRAHAM) est un laboratoire mixte UNICAEN et CNRS. Il rassemble plus d’une centaine de chercheurs, enseignants-chercheurs, ingénieurs, techniciens, et administratifs, doctorants et membres associés. Les activités de l’équipe s’appuient sur des sources diverses fournies par l’archéologie de terrain, le traitement en laboratoire, les textes. Le Centre Michel de Boüard a défini ses problématiques autour d’un programme intitulé « Cultures, identités et espaces de l’Antiquité à la fin du Moyen Âge », mis en oeuvre par deux équipes (« Culture et espaces » et « Dynamiques spatiales et construction des territoires »). Il est ainsi possible de  confronter les sources et les questionnements des historiens des textes, des  archéologues, des archéomètres, des spécialistes de langues et de civilisations anciennes.

Le CRAHAM, riche de plusieurs partenariats avec des acteurs locaux et nationaux de l’archéologie, a conclu une convention de coopération avec l’Inrap.

L’Inrap

Avec plus de 2 000 collaborateurs et chercheurs, l’Inrap est la plus importante structure de recherche archéologique française et l’une des toutes premières en Europe. Institut national de recherche, il réalise chaque année quelques 1 800 diagnostics  archéologiques et 250 fouilles en partenariat avec les aménageurs privés et publics en France métropolitaine et outre-mer. Ses missions s’étendent à l’exploitation scientifique des résultats et à la diffusion de la connaissance archéologique auprès du public.

Télécharger la page

Dernière modification : 19 novembre 2015



UNICAEN
Université de Caen Normandie
Esplanade de la Paix | CS 14032 | 14032 CAEN cedex 5