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Le théâtre de Pompé en virtuel

Premier théâtre en dur construit à Rome, il restera le plus grand, le plus prestigieux et pourtant, il est quasiment invisible aujourd'hui à Rome pour un néophyte. La restitution virtuelle redonne aujourd’hui vie à cet ensemble…

L’équipe « Plan de Rome » travaille depuis 1994 à la restitution virtuelle de la Rome du IVe siècle. Le théâtre de Pompée présente un intérêt particulier dans le cadre de cette  entreprise. Il s’agit d’un véritable complexe urbain qui comprenait à la fois un temple, un théâtre, un jardin, des portiques servant de musée et une curie, lieu de réunion du sénat rendu célèbre par l’assassinat de César. Premier théâtre en dur construit à Rome, il restera le plus grand, le plus prestigieux et, pourtant il est quasiment invisible aujourd’hui à Rome pour un néophyte.



Une révolution architecturale

Le théâtre de Pompée marque une évolution considérable dans l’histoire de l’architecture de Rome car pour la première fois, au Ier siècle avant J.-C., un théâtre en dur remplace les théâtres en bois construits chaque année. En plus de franchir les interdits politiques qui bloquaient de telles implantations définitives, ce théâtre marque une véritable révolution puisque pour la première fois à Rome, les architectes s’affranchissent du relief pour construire un théâtre à cauea creuse sur terrain plat, les gradins étant soutenus par des voûtes en béton. Ce mode de construction connaîtra un vif succès dans la ville et il permettra à des bâtiments monumentaux comme le Colisée de voir le jour. Le théâtre de Pompée s’apparente à une colline architecturée qui s’élevait à la même hauteur que la prestigieuse colline du Capitole. Avec ses 158 m de diamètre et ses 35 m de haut, il permettait à 20 000 spectateurs de venir assister aux représentations théâtrales.

Un modèle d'expérimentation

La restitution virtuelle redonne vie à cet ensemble et, au-delà de la démarche d’analyse des sources anciennes qui permet de visualiser un environnement disparu, elle permet de créer un véritable modèle d’expérimentation notamment pour tester des points de vue ou différents systèmes mécaniques de l’Antiquité. À partir des sources textuelles, archéologiques et iconographiques, Sophie Madeleine en collaboration avec l’équipe « Plan de Rome » a proposé de restituer la machine servant aux sparsiones, les brumisations d’eau parfumées et/ou colorées qui étaient dirigées soit vers la scène, pour créer des brumisations colorées au safran, soit plus rarement vers les spectateurs pour les rafraîchir. Un vélum a également été restitué après une étude complète des considérations techniques (étude de la statique et de la dynamique) réalisée avec un physicien de l’université de Caen Basse-Normandie. Le résultat est assez impressionnant car tout en étant en accord avec l’ensemble des sources anciennes, le système proposé permet de protéger les spectateurs avec une efficacité optimale toute l’année, notamment le 21 juin, jour du solstice d’été où le soleil est le plus haut dans le ciel. Différents calculs ont montré que 56 hommes pouvaient déplier le vélum en une minute et le ferler (le replier) en deux minutes seulement. Les toiles pouvaient donc être déployées rapidement et à plusieurs reprises au cours de la journée, en fonction des conditions de vent et de pluie qui contraignaient son utilisation.

Sophie Madeleine, ingénieure de recherche en analyse de sources anciennes a publié un ouvrage, Le théâtre de Pompée à Rome, accompagné d’un DVD, vendu aux Presses Universitaires de Caen.

1. La cauea est la conque semi-circulaire constituée de gradins dans laquelle s’installent les spectateurs.
2. Les Romains utilisent un béton constitué de sable, de chaux et d’agrégats. On parle de construction en opus caementicium.


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Dernière modification : 19 mai 2015



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