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Nos vies confinées : traumatisme durable ?

Neuropsychologie et imagerie de la mémoire humaine · NIMH · UMR-S 1077 UNICAEN-EPHE-INSERM

Impossible, huit semaines durant, de sortir de chez soi sans justification. Le confinement a bousculé nos repères, nos rythmes et nos habitudes. Ces bouleversements ont-ils accentué la détresse des personnes souffrant de troubles psychiques ? Pourraient-ils, comme on a parfois pu le lire, réveiller des traumatismes, voire un état de stress post-traumatique ? Une hypothèse qui n’est pas si évidente, nuance le professeur Francis Eustache.

Un manque de recul sur la situation et ses effets
Le confinement, contraint, s’est imposé à chacun d’entre nous pour enrayer la propagation du virus. Inédite par son ampleur, cette situation a été une expérience pour certains, une épreuve pour d’autres, voire un traumatisme. Les personnes ayant déjà traversé un événement traumatique majeur seraient-elles plus vulnérables dans ce cadre ? « On pourrait le penser, car la crise épidémique peut engendrer une forte inquiétude, liée à la peur d’être contaminé ou de contaminer l’autre, à la peur de mourir ou de voir l’un de ses proches mourir, » souligne Francis Eustache, professeur de neuropsychologie, directeur de l’unité de recherche NIMH spécialisée dans l’étude de la mémoire humaine. « Pour autant, nous manquons encore de recul. Rien ne dit que cette situation a nécessairement et automatiquement eu pour effet d’accentuer le stress et l’anxiété de ces personnes. Le lien de cause à effet n’est pas si évident. Du moins, il n’y a pas de réponse générale, qui concernerait chacun de la même façon. Cette situation pourrait réveiller des traumatismes chez certains. D’autres, qui auraient pu développer une forme de phobie sociale à la suite de l’événement traumatique subi, pourraient, au contraire, se sentir mieux protégés, plus en sécurité. » L’unité NIMH est investie, depuis plus de quatre ans, dans le programme de recherche 13-novembre sur la mémoire des attentats de Paris : c’est dans ce cadre qu’a été lancée une étude complémentaire pour évaluer les effets du confinement.

Les traces laissées par les attentats du 13 novembre 2015
Depuis les attentats de Paris, les neuropsychologues du NIMH suivent un groupe de 200 personnes pour des examens en neuroimagerie et neuropsychologie, dont 120 directement exposées aux attaques terroristes – survivants, proches des victimes, forces de l’ordre et professionnels de santé présents sur les lieux ce soir-là. L’objectif de l’étude Remember : évaluer les impacts d’un événement traumatique sur les structures et le fonctionnement du cerveau. Parmi les participants, 55 présentent un trouble de stress post-traumatique, se caractérisant par des « souvenirs intrusifs » — des images, des sensations, des émotions associées au traumatisme vécu qui surgissent brutalement, à tout moment. Cet état, complexe, varie d’un individu à l’autre : les intrusions peuvent apparaître immédiatement ou des années après le traumatisme vécu… ou bien ne jamais survenir. « Il s’agit de comprendre pourquoi et comment ces souvenirs intrusifs surviennent au fil des ans, et pourquoi et comment certaines personnes parviennent à les inhiber », précise le professeur Francis Eustache. « L’étude complémentaire, lancée durant le confinement auprès de cette même population, nous apportera des données nouvelles et originales, pour mieux comprendre les mécanismes de la mémoire humaine. »

Conditions de vie et environnement social
Le protocole de recherche comprend un entretien téléphonique effectué par des neuropsychologues du CHU de Caen Normandie et de l’unité de recherche NIMH ainsi qu'un ensemble de questionnaires à remplir en ligne. « Les questions portent notamment sur les modalités de confinement, extrêmement diverses d’une personne à l’autre. Être confiné seul ou en famille, avec un entourage bienveillant, dans un appartement ou une maison avec jardin… Ces aspects, essentiels, sont à prendre en compte pour saisir les difficultés psychologiques dans le contexte de l’urgence sanitaire. » Les données ont été recueillies entre le 14 avril et le 7 mai et sont actuellement en cours d’analyse. Les participants, qui ont répondu massivement et chaleureusement aux appels, seront de nouveau contactés dans la première quinzaine de juillet pour la seconde phase de l’étude qui permettra de suivre l’évolution des réponses, quelques semaines après le confinement.

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Dernière modification : 29 juin 2020



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