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Que se passe-t-il dans les serres du campus 1 ?

À l’heure où les bouches à nourrir augmentent et l’industrie des biocarburants se développe, un problème de taille se pose pour les 30 prochaines années : la demande de plantes produisant de l’huile (les fameuses oléagineuses) augmente tandis que les surfaces cultivées restent stables. Les chercheurs s’attèlent donc aujourd’hui à une question essentielle : comment augmenter le rendement des cultures oléagineuses ? En France et dans l’Union Européenne, le colza est la principale culture oléagineuse car ses graines sont riches en lipides et en protéines. Ainsi, les graines sont pressées (trituration) pour en extraire une huile végétale contenant des acides gras essentiels (Omega 3 et 6) fortement recommandée pour l’alimentation humaine. Les résidus de trituration, communément appelés tourteaux, sont utilisés pour nourrir les animaux car ils sont riches en protéines. Les graines de colza sont également utilisées dans la fabrication de biocarburant – le Diester (1) – mais également de lubrifiants, détergents, ou encore divers plastiques. Cependant, en dépit de son importance économique avérée, le colza a une image négative en termes de développement durable car sa culture nécessite beaucoup de nitrates (des minéraux contenant de l’azote (N)), alors que la plante possède une faible efficience d’utilisation de cet élément chimique. En effet, la part d’azote absorbée qui est valorisée et retrouvée dans les graines ne dépasse pas 50%. Le colza présente donc une mauvaise valorisation du nitrate qui conduit à un bilan agro-environnemental médiocre. De récentes directives européennes lancent le défi de sélectionner des variétés ayant besoin de moins de nitrate ou bien l’utilisant mieux que les variétés actuellement utilisées (91/676/CEE). Pour y répondre, le programme Investissement d’avenir RAPSODYN a vu le jour l’année dernière et durera jusqu’en 2019.

Comment fonctionne le projet ?

Coordonné par le Dr. Nathalie Nési, chargée de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) au sein de l’Institut de génétique, environnement et protection des plantes (IGEPP) à Rennes, le projet RAPSODYN regroupe les compétences de 16 partenaires répartis sur tout le territoire :
  • 5 compagnies de sélection végétale (EURALIS, LIMAGRAIN, MAISADOUR SEMENCES, RAGT, SYNGENTA SEEDS),
  • 1 société de biotechnologie (BIOGEMMA),
  • 1 centre technique en charge du transfert de technologie et de sa diffusion (CETIOM),
  • 9 laboratoires publics (IGEPP - INRA de Rennes, INRA Université de Caen, INRA de Grignon, INRA – IJPB – URGI de Versailles, IRISA-CNRS de Grenoble, IRSTEA de Rennes).

L’équipe bas-normande (UMR INRA/UCBN 950 Écophysiologie végétale agronomie et nutritions N,C,S (2)) est plus particulièrement impliquée dans les tâches ayant pour objectif de rechercher les facteurs d’amélioration de l’efficience de remobilisation de l’azote afin que le colza puisse optimiser ’utilisation des fertilisants azotés. Plus précisément, ces travaux se focalisent sur l’étude de variétés de colza qui utilisent l’azote au mieux afin de caractériser les mécanismes physiologiques et moléculaires (identifications des protéines impliquées dans le recyclage efficace de l’azote des feuilles vers les graines) les plus prometteurs pour les améliorateurs de colza.

Un soutien financier de 81 000 euros, accordé par la Région Basse-Normandie, a permis à ce programme de se doter de salles de culture pour plantes génétiquement modifiées et d’un lecteur de microplaques nouvelle génération, un équipement qui permet des analyses biochimiques et enzymatiques rapides et fiables.

Développer et évaluer des outils et des méthodologies originales pour le phénotypage (i) du statut azoté d’une culture et (ii) de l’efficience de l’utilisation de l’azote chez différentes variétés de colza.

À quoi peut-on s’attendre ?

La stratégie déployée sur 7,5 ans avec d’importants investissements humains et financiers provenant des partenaires publics et privés, a été conçue pour aboutir aux développements de nouvelles connaissances (marqueurs, traits, phénotypes), de nouveaux matériels végétaux, et de nouveaux outils de phénotypage et de bioinformatique, qui seront utilisés dans les programmes de sélection afin de parvenir d’ici la fin du projet à la création des premières variétés répondant aux objectifs de protection de l’environnement.

Concrètement, les sorties du programme RAPSODYN auront plusieurs retentissements. D’abord, RAPSODYN permettra d’optimiser les schémas de sélection du colza afin d’aboutir à la création de variétés de colza plus performantes en permettant aux agriculteurs d’apporter moins d’engrais pour un rendement égal ou supérieur au rendement grainier actuel. Les entreprises françaises de la filière colza renforceront ainsi leur compétitivité sur le marché mondial. Ensuite, RAPSODYN profitera également aux citoyens puisque la diminution des pertes azotées permettra des productions agricoles plus respectueuses de l’environnement.

Par ailleurs, des liens ont été créés avec des projets similaires aujourd’hui menés en Allemagne. RAPSODYN va donc renforcer les coopérations bilatérales entre la France et l’Allemagne dans le domaine des biotechnologies vertes.


1 - En France, près de 2 millions de tonnes de Diester ont été produites en 2010 (source PROLEA Oct. 2012) et tous les véhicules Diesel roulent avec du Diester (en mélange banalisé jusqu’à 7% dans le gazole).
2 - Le programme RAPSODYN est coordonné par le Pr. J-C Avice pour l’UMR INRA/UCBN 950 (Directrice : Pr. M-P Prud’homme).

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Dernière modification : 30 octobre 2013



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