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Sport : retrouver l’émotion du collectif

Les mesures de confinement ont mis un coup d’arrêt aux rassemblements sportifs. Boris Helleu, maître de conférences en management du sport, revient sur cette période inédite tant pour la pratique du sport que pour le spectacle sportif.

Le confinement : un casse-tête pour le secteur sportif ?

Le 8 mars, le gouvernement a annoncé l’interdiction des rassemblements de plus de 1 000 personnes. Cette annonce a soulevé de nombreuses interrogations, obligeant les instances sportives professionnelles à choisir entre des rencontres à huis clos ou le report des matchs. En football, le match PSG - Dortmund s’est tenu le 11 mars dans un stade vide, mais avec des supporters venus en nombre aux abords du Parc des Princes. Très vite, en Asie, Europe et en Amérique du nord, les événements sportifs ont été annulés ou reportés. La prise de conscience est venue le 11 mars de la décision de la NBA, la ligue américaine de basket-ball, de suspendre tous les matchs à venir, incitant d’autres ligues professionnelles du pays à faire de même. Les enjeux, considérables, rendaient les décisions difficiles à prendre : pour le football et le rugby français, les pertes liées à l’arrêt de l’activité économique sont estimées à 1,4 milliard d’euros, dont 650 millions rien que pour les championnats de Ligue 1 et de Ligue 2. La semaine suivante, la France entrait en confinement, ce qui a finalement contribué à clarifier la situation pour tous les championnats… mais a plongé tout un secteur dans le désarroi et l’incertitude — professionnels et amateurs, clubs et associations, diffuseurs et annonceurs, sans oublier, bien sûr, les supporters.


Comment continuer à faire vivre le sport de haut niveau ?

On a vu apparaître des formats nouveaux durant cette période, comme des compétitions virtuelles. Le 5 avril, 13 coureurs cyclistes ont pris le départ du Tour des Flandres virtuel — une première pour le cyclisme professionnel. L’événement était retransmis sur une chaîne de télévision flamande, avec un beau succès d’audience : 600 000 téléspectateurs étaient devant leur écran ce jour-là pour suivre la course. Aux États-Unis, 16 joueurs de la NBA se sont affrontés dans un tournoi en jeu vidéo retransmis sur la chaîne ESPN. Durant cette période, les chaînes de télévision ont rediffusé des grands matchs de football ayant marqué l’histoire du sport. Toutes ces initiatives avaient un objectif : compenser l’absence de spectacle sportif. Pour les supporters, le spectacle sportif est la promesse d’une expérience forte en émotions — une expérience à l’issue incertaine jusqu’au coup de sifflet final. Durant le confinement, les supporters se sont retrouvés privés de ces grands rendez-vous sportifs qui rythment la semaine. Finalement, c’est Koh-Lanta qui semble s’être le mieux substitué au spectacle sportif au cours de cette période : ce programme de télé-réalité constituait chaque semaine des moments de rassemblement en famille et a d’ailleurs battu des records d’audience cette année. Les réseaux sociaux ont également constitué un nouveau terrain de jeu durant cette période. Le confinement a eu un bénéfice : celui de libérer la parole du sportif qui est, d’ordinaire, très cadrée. Les sportifs professionnels ont investi les réseaux sociaux, et plus particulièrement les live instagram, échangeant directement avec leur communauté de supporters… parfois même avec une grande liberté de ton et d’expression !


Le spectacle sportif doit-il se réinventer ?

À mon avis, la question n’est pas là. Cette situation nous invite plutôt à nous interroger sur la définition-même du spectacle sportif. Qu’est-ce que le spectacle sportif, finalement ? Un match à huis clos est-il toujours un spectacle sportif ? Le spectacle a-t-il encore un sens si les tribunes sont vides ? En Allemagne, une application en cours de développement pourrait permettre aux supporters, depuis leur canapé, de diffuser des sons d’applaudissements ou de sifflements dans les stades où se jouent les rencontres de football à huis clos. Certains stades proposaient également aux supporters, moyennant finance, d’envoyer une photo de leur visage pour être imprimé et collé sur des silhouettes en carton disposées dans les tribunes. Finalement, est-ce que de tels artifices peuvent suffire à satisfaire les publics des spectacles sportifs ? Parce que le spectacle sportif, c’est aussi une expérience collective, un instant partagé : quand on se déplace au stade, on le fait généralement en famille ou entre amis, et quand on regarde un match à la télévision, on invite généralement ses proches. Est-ce que le spectacle sportif aura toujours la même saveur si les conditions d’accueil dans les stades imposent des places vides entre les supporters ? Est-ce qu’on pourra encore s’enlacer pour célébrer un but ? Ces questions pèseront encore à la reprise des championnats.


Quel a été l’impact sur la pratique sportive des Français ?

La course à pied était, durant cette période, l’une des rares activités sportives permettant de s’aérer en extérieur : elle est la grande gagnante du confinement ! Il n’y a probablement jamais eu autant de joggeurs et de joggeuses dans les rues, obligeant d’ailleurs le gouvernement à imposer des restrictions supplémentaires sur cette pratique. L’attractivité s’est ressentie dans les magasins spécialisés. Cette tendance s’imposera-t-elle sur le long terme ? Dans l’immédiat, les conditions imposées dans le cadre de l’urgence sanitaire ne favorisent pas les sports collectifs, ce qui pèse considérablement sur les associations sportives. Les inquiétudes sont fortes pour la rentrée. Est-ce que les licenciés seront au rendez-vous si les mesures sanitaires restent en vigueur et si la tenue des compétitions est incertaine ? Les entreprises vont-elles continuer à sponsoriser les clubs si la situation économique reste difficile ? Les collectivités vont-elles et pourront-elles continuer à soutenir les associations ? Toutes ces questions planent encore aujourd’hui sur les clubs associatifs, qui ont un rôle social très important.

Propos recueillis le 5 juin 2020
EA 4260 - Centre d’étude sport et actions motrices · CesamS


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Dernière modification : 23 juin 2020



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