Outil clinique BEARNI

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BEARNI: Brief Evaluation of Alcohol-Related Neuropsychological Impairment
Ritz L, Lannuzel C, Boudehent C, Vabret F, Bordas N, Segobin S, Eustache F, Pitel AL, Beaunieux H. (2015).
Validation of a brief screening tool for alcohol-related neuropsychological impairments (BEARNI).
Alcoholism: Clinical and Experimental Research, 39(11), 2249-60.

 Recommandations cliniques

BEARNI est un outil de dépistage des troubles neuropsychologiques liés au trouble de l’usage de l’alcool. Les troubles neuropsychologiques classiquement rencontrés chez ces patients sont: des troubles exécutifs, des troubles de mémoire épisodique et de la mémoire de travail, des difficultés de traitement des informations visuo-spatiales et une perturbation de l’équilibre (Vabret et al., 2013). BEARNI a été conçu pour permettre un dépistage rapide de ces troubles neuropsychologiques par des cliniciens non spécialisés en neuropsychologie. Sa passation nécessite peu de matériel (un chronomètre et un crayon) et dure entre 20 et 30 minutes.

Intérêts cliniques:

Les troubles neuropsychologiques peuvent avoir un impact délétère sur la motivation à changer de comportement vis à vis de l’alcool (Le Berre et al., 2012), réduire le bénéfice des prises en charge (Boudehent et al., 2012) et pourraient compromettre le maintien du contrat thérapeutique (abstinence ou réduction des consommations d’alcool). Au-delà de l'impact sur les prises en charge en addictologie, la présence de troubles sévères et permanents de la mémoire peut orienter vers un diagnostic de syndrome de Korsakoff (SK) ou encore justifier des adaptations en vie quotidienne. Enfin, l’évaluation des troubles neuropsychologiques chez les patients encore consommateurs pourrait être un levier motivationnel supplémentaire pour viser la réduction ou l’abstinence.

En pratique

  • Pour dépister les troubles neuropsychologiques persistants après le sevrage d’alcool

L'évaluation faite après le sevrage et l’arrêt d'éventuelles benzodiazépines permet de juger de l’existence de troubles neuropsychologiques consécutifs de la consommation chronique et excessive d’alcool. Selon la présence ou l’absence de troubles neuropsychologiques, l’accompagnement des patients pourra varier (voir figure 1). Ces troubles mis en évidence à l’issue du sevrage pourront régresser si l’abstinence est maintenue pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois. La version parallèle de BEARNI permet de juger de la persistance des troubles à distance du sevrage. Dans le cas de troubles encore présents une évaluation neuropsychologique étendue devra être réalisée, avant de prendre des décisions impliquant fortement l'avenir du patient (curatelle, orientation vers un foyer de vie)

  • En cas de poursuite de l'alcoolisation

Les troubles neuropsychologiques mis en évidence par BEARNI seront le reflet de deux effets potentiellement cumulés: l’effet aigu et l’effet chronique de l’exposition du cerveau à l’alcool.  Au-delà de l’impact de ces troubles sur la capacité du patient à bénéficier de l’accompagnement proposé, la prise de conscience par le patient de l’existence de difficultés cognitives pourrait avoir un effet motivationnel pour viser la réduction ou l’abstinence. Attention cependant, le score obtenu à BEARNI dans ces conditions ne peut pas prédire de l’existence de troubles observés après l’arrêt de l’alcool. En présence de troubles, un sevrage suivi d’une évaluation neuropsychologique approfondie sont recommandés. 

Précaution clinique :
 
BEARNI, comme toute évaluation neuropsychologique, nécessite une bonne coopération du patient. Cependant, l’évaluation cognitive n’est pas une évaluation usuelle pour les patients des services addictologie. Il est donc nécessaire de prendre le temps de présenter la nature et les objectifs de l’évaluation avant de la commencer afin d’éviter que la déstabilisation du patient n’impacte de façon négative ses performances à BEARNI. Le test peut être présenté de la façon suivante. « Le test que je vais vous proposer a pour objectif d’évaluer les conséquences de vos consommations d’alcool sur votre mémoire, votre capacité à raisonner ou encore votre équilibre. Certaines épreuves vont vous paraître plus difficiles que d’autres. C’est normal. Je n’attends pas de vous que vous réussissiez parfaitement mais plus que vous donniez le meilleur de vous-même. Avez-vous des questions? » 

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Questions fréquentes:

Je souhaite évaluer la récupération des troubles neuropsychologiques de mon patient. Comment dois-je procéder ?

Il existe une version parallèle de BEARNI permettant de proposer une seconde fois l’outil en limitant l’effet re-test (i.e. l’amélioration des scores en lien avec la connaissance de l’épreuve). Il est par ailleurs recommandé de laisser un délai au minimum d’un mois entre les deux évaluations.  Dans ces conditions, il est donc possible par le biais de BEARNI d’appréhender l’amélioration du fonctionnement cognitif avec l’abstinence ou la modération des consommations. Lorsque les difficultés portent sur le fonctionnement de la mémoire épisodique, en dehors d’un contexte de suspicion de syndrome de Korsakoff, il est possible d’observer une amélioration des performances après un mois d’abstinence. Lorsque les difficultés portent surtout sur les fonctions exécutives, la normalisation du fonctionnement cognitif est plus longue à observer mais une réévaluation entre un et trois mois permet déjà d’observer une régression des troubles initiaux, motivant la poursuite des modifications de consommation.

BEARNI est-il suffisant pour diagnostiquer un SK ?

Il a été démontré que certains outils de dépistage rapide pouvaient être d’une grande aide dans la mise en évidence de troubles mnésiques sévères rencontrés dans le syndrome de Korsakoff (Wester et al., 2013). Toutefois, le diagnostic de syndrome de Korsakoff doit être posé avec beaucoup de prudence, du fait du pronostic associé et des répercussions sur le devenir du patient concerné. Tout d’abord, l’outil comporte certaines limites puisqu’il est difficile de pouvoir apprécier la nature du trouble mnésique (encodage ou récupération) et la désorientation temporo-spatiale, caractéristique du syndrome de Korsakoff. Par ailleurs, le diagnostic de SK nécessite des évaluations neuropsychologiques répétées, au minimum après deux mois d’abstinence, pour s’assurer de la persistance des troubles sévères de la mémoire épisodique après l’arrêt des consommations d’alcool. Une observation clinique et écologique des répercussions des troubles mnésiques est également recommandée (présence d’une désorientation, d’une anosognosie). Ces éléments neuropsychologiques sont couplés aux résultats d’examens d’imagerie cérébrale et de biologie écartant une autre étiologie et sont à mettre en relation avec une histoire alcoologique documentée auprès du patient et de ses proches. Enfin, une évaluation neuropsychologique extensive est indispensable pour affiner des questions de diagnostic différentiel entre syndrome de Korsakoff et pathologie neurodégénérative par exemple.

Puis-je utiliser BEARNI chez des patients dépendants à une autre substance que l’alcool ?

BEARNI a été développé pour dépister les troubles neuropsychologiques rencontrés chez les dépendants à l’alcool. Certains de ces troubles neuropsychologiques sont aussi retrouvés chez des patients dépendants à d’autres substances. Cependant, ils sont parfois accompagnés de troubles neuropsychologiques non évalués par BEARNI. Par exemple les consommateurs chroniques de cannabis présentent très souvent des déficits de mémoire prospective non évaluée par BEARNI. Par ailleurs, l’ataxie évaluée par BEARNI est spécifique des atteintes cérébrales liées à la toxicité de l’alcool. Ainsi, l’usage de BEARNI chez des patients dépendants à une autre substance ou polyconsommateurs permettra de repérer les déficits neuropsychologiques communs (mémoire épisodique et fonctions exécutives) mais l’absence de déficits à BEARNI chez un patient dépendant à une autre substance psychoactive que l’alcool ne signifie pas une absence de troubles neuropsychologiques.


Formation:
 
Une formation sur les troubles neuropsychologiques liés aux troubles de l'usage de l'alcool et à l'utilisation de BEARNI est proposée à Caen ou sur site. Plus d'informations sur le site de formation continue de l'UFR de Psychologie de l'Université de Caen Normandie.

http://ufrpsycho.unicaen.fr/formation-continue/catalogue-de-formations/ 

Articles mis à dispositions :

 
 

 

Image: 
Figure 1
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