Axe SRI : Subjectivation, Relation et Institution

Alors que les travaux de l‘axe précédent privilégient les formes de vulnérabilité induites par des processus sociaux affectant certaines catégories d’agents, la perspective adoptée ici vise à interroger une vulnérabilité constitutive, d’ordre anthropologique, en tant qu’elle définit une structure d’expérience commune à l’existence humaine. Il s’agira ainsi d’engager une réflexion collective pluridisciplinaire à partir de l’hypothèse d’une fragilité originaire de l’être-soi, indissociablement psychophysique (atteinte directe à l’intégrité corporelle et psychique de la personne) et symbolique (expérience du déni de reconnaissance, de la blessure morale et du mépris social).

C’est au regard de ce fait anthropologique, de cette condition vulnérable, que sera discutée l’articulation entre les processus de subjectivation et leur étayage relationnel et institutionnel. Pour des sujets humains dont l’individuation procède de la seule socialisation, les formes relationnelles et les ordres institutionnels doivent, en premier lieu, être analysés comme autant de dispositifs de protection contre cette vulnérabilité. Relations, normes et institutions apparaissent alors comme autant de forces habilitantes et structurantes qui assurent et soutiennent le développement de la puissance d’agir des individus et, plus généralement, de tout rapport positif à soi. Néanmoins, si elles contribuent à compenser cette vulnérabilité fondamentale, les interactions sociales et les cadres institutionnels et normatifs à partir desquels se constitue le moi ne sont-ils pas, en même temps, ce qui le menace ? A ce titre cet axe se propose de mettre l’accent sur l’ambivalence de la vulnérabilité. Parce qu’elle ouvre à l’altérité, elle est, d’une part, la condition même, le substrat anthropologique, de la sociabilité humaine. Mais, d’autre part, c’est cette même fragilité qui ouvre à la violence, à la domination, à l’expérience du mépris ou de la disqualification sociale. Cette ambivalence invite alors à étudier la duplicité intrinsèque des relations, normes et institutions, qui nous « font » comme elles nous « défont ». Et à appréhender, sous cet angle, la question éthique et politique.

Divers terrains d’enquête et thématiques empiriques étayeront cette réflexion théorique générale commune, dans les domaines des institutions judiciaires (et pénitentiaires), du champ de la santé et de l’aide et de la protection sociale, des relations de genre, des relations interculturelles etc., et plus généralement des formes de normativités contemporaines. Il s’agira également de mettre l’accent tant sur les processus de désinstitutionalisation et de désymbolisation que sur les modes de réappropriation subjective, sur les dynamiques de reconfiguration et les alternatives collective qui y répondent.

Enfin, au croisement de la philosophie, des sciences sociales et de l'histoire du droit, un atelier de recherche commun avec des collègues philosophes de l’EA « Identité et subjectivité » prolongera ce travail collectif sur les vulnérabilités sociales dans ses dimensions juridico-politiques. Cet atelier prendra pour objet la production de la citoyenneté sociale et de ce que Robert Castelappelle la « propriété sociale » en Europe depuis le XIXe siècle, partant à la fois de l’histoire des idéologies (socialisme, libéralisme, etc.), de l'histoire des institutions, ainsi que d'une réflexion sur l'histoire du sujet moderne et les fondements normatifs des droits sociaux.

Chacun de ces axes, ainsi que l’atelier commun avec l’équipe des philosophes, tiendra des séminaires de recherche réguliers, associant docteurs et doctorants. Par ailleurs, un thème de séminaire transversal sera retenu chaque année. Ce séminaire s’achèvera par une journée d’étude dédiée qui donnera lieu, dans la mesure du possible, à publication dans les revues du centre ou collections d’ouvrages dirigées par ses membres. Ces différents séminaires seront ouverts aux étudiants des Masters adossés (CIREVS, GREEN, PSTO) ou associés (Master de Philosophie, Master professionnel « Management du Social et de la Santé » de l’I.A.E) au laboratoire CERREV.

Dans cet esprit, l’accent sera mis sur la définition d’objets de recherche, théoriques ou empiriques, communs aux différents axes qui pourront donner lieu, par ailleurs, à des recherches contractuelles conjointes.