Axes de recherche

Entrée n°1. Régulations individuelles et instantanées

Les stratégies d’adaptation face aux situations d’incertitude sont d’abord étudiées depuis un premier niveau d’analyse, celui de l’individu et d’une temporalité brève, voire quasiment instantanée. À ces échelles, l’incertitude peut intervenir à trois niveaux différents : au niveau de l’environnement physique et social dans lequel l’action est produite (e.g., situations peu prévisibles, changeant de façon imprédictible et/ou rapidement), au niveau de la perception relative à cet environnement (e.g., manque de temps pour percevoir, manque d’accessibilité des informations) et, enfin, au niveau des actions elles-mêmes (e.g., variabilité motrice, non-linéarité des réponses). Les travaux menés dans le cadre de cette entrée ont pour double-objectif de comprendre, d’une part, comment l’individu régule ses comportements en contexte incertain et d’identifier dans ce type de contexte, d’autre part, des moyens d’améliorer ces régulations (facilitation, efficacité et confort, etc.).

Deux directions organisent les travaux réunis dans cette entrée : l’étude des processus de régulation en situation d’incertitude d’abord (rôle de l’action dans la perception, réduction de l’incertitude grâce à la prise d’information et à des comportements d’anticipation) ; l’amélioration des interactions avec l’environnement ensuite (ergonomie des interactions et en particulier interfaces homme-machine : réalité virtuelle, suppléance tactile).

Une spécificité de notre travail, liée à notre positionnement théorique, est de considérer que l’incertitude (environnementale, perceptive, motrice) n’a aucunement besoin d’être ramenée à un niveau minimal, mais simplement d’être maintenue dans les limites des exigences de la tâche, c’est-à-dire à un niveau permettant d’atteindre les buts d’action avec efficience, confort, sécurité, etc. Par ailleurs, maintenir un certain niveau de variabilité, et donc d’incertitude, est nécessaire au fonctionnement du système, afin de permettre à celui-ci de rester flexible et adaptable.

Entrée n°2. Transformations et trajectoires individuelles

À mi-chemin entre les temporalités courtes – l’instantané, les réponses en situation – et les processus de plus longue durée – tels les changements historiques qui se déploient sur plusieurs décennies –, la deuxième entrée, résolument pluridisciplinaire, a pour objectif d’analyser l’incertitude à l’échelle des biographies individuelles. Postulant que celle-ci accompagne les parcours et histoires de vie, dès lors marqués fondamentalement par la contingence, la survenue de l’imprévu ou encore l’ouverture des possibles, la question ici soulevée est celle de savoir quelles sont les stratégies d’adaptation des individus. Comment composent-ils avec un « horizon incertain » ? Quelles transformations, plus ou moins durables, ces situations génèrent-elles ?

Ce programme se décline en deux volets : le premier entend fédérer les travaux autour des apprentissages (1) quand le second fait converger des recherches attentives aux données de type biographique (2).

(1) Là où les processus sensorimoteurs sont abordés dans la première entrée en se focalisant sur les régulations quasi-instantanées, ils sont, dans le premier volet de cette seconde entrée, étudiés sous l’angle des adaptations qu’engendre la répétition de ces confrontations, et de la modification des trajectoires individuelles qui en découle. Ainsi, l’étude de ces adaptations est abordée à la fois par la mise en place de situation d’apprentissage et par la confrontation, sur une même tâche, de populations expertes et non-expertes. L’entrainement et la répétition d’une action vont permettre de développer des expertises sportives, perceptivo-motrices, ou décisionnelles. Comment l’individu s’adapte-t-il pour faire face plus efficacement aux situations d’incertitude ? Quel rôle joue l’incertitude dans son adaptation ? Comment les experts gèrent-ils et exploitent-ils cette incertitude ?

(2) Dans le second volet, l’étude des parcours de vie menée selon une approche longitudinale et pluridimensionnelle à la fois explicative et compréhensive (concepts de carrières et de générations) permet d’interroger la manière dont certains acteurs ciblés du sport (dirigeant-e-s, pratiquant-e-s, supporter-trice-s, moniteur-trice-s) réagissent aux incertitudes qui pèsent sur la pérennité du petit monde dans lequel ils agissent, la façon dont ils s’impliquent pour faire face aux risques ou aux opportunités qu’ils entrevoient et comment ils contribuent, ce faisant, à la transformation de leur secteur d’activité, envisagé du point de vue de l’exercice physique (pratique), du travail d’enseignement ou de gestion, ou encore du spectacle.

Entrée n°3. Transformations des organisations sportives : incertitudes et régulations collectives

Si certaines évolutions qui touchent les pratiques et spectacles sportifs sont aisément identifiables et prédictibles ou bien relèvent de changements graduels, d’autres – notamment les cas de changements non réguliers, voire de ruptures – sont plus difficiles à anticiper par les organisations/acteurs qui prennent en charge ces activités. Bien souvent, ceux-ci doivent ainsi composer avec l’incertitude et l’imprévu, ce qui complexifie d’une part leurs projections sur l’avenir et suppose d’autre part une capacité d’adaptation et de réaction. Comment prennent-ils en compte ces situations ? Dans quelle mesure celles-ci font-elles émerger de nouvelles configurations – soit une évolution des relations entre acteurs concernés allant de la négociation et construction d’accords jusqu’aux conflits – qui bousculent des équilibres antérieurs, bouleversent des repères anciens et refondent plus ou moins durablement des rapports de pouvoir ?

Puisant dans la diversité des sciences sociales (histoire, sociologie, économie, géographie), la troisième entrée a pour objectif d’analyser spécifiquement les actions collectives qui, dans un contexte de transformations parfois soudaines et brutales, cherchent à stabiliser le réel, à mobiliser de nouvelles ressources et soutiens, à agir sur un environnement donné pour tenter de le maîtriser et ainsi restaurer de la lisibilité et une part de prévisibilité.

Ce programme se décline selon deux volets : le premier entend poser le questionnement en partant de la notion de territoire (1) ; le second cherche à fédérer des travaux autour de la forme spectacle (2).

(1) L’étude des stratégies qu’adoptent les organisations et les acteurs qui gèrent le sport ou les activités physiques de loisir, qu’il s’agisse de groupements privés, de l’État ou de collectivités publiques, vise à comprendre les transformations des pratiques physiques et sportives à l’échelle des territoires. Les relations et interactions établies entre les acteurs concernés sont examinées, depuis les franches alliances jusqu’aux conflits frontaux en passant par les regroupements organisationnels subis ou négociés.

(2) L’histoire des sports se caractérise, depuis la fin du XIXe siècle, par la mise en spectacle des performances et prouesses physiques des athlètes mobilisant un public sous la forme de rassemblements et regroupements collectifs. Pour ce faire, leurs promoteurs œuvrent à créer une dramaturgie, dont l’énergie fédératrice et le pouvoir d’attraction tiennent pour une part à l’identification des spectateurs et supporters à une équipe ou un sportif et pour une autre part à l’incertitude du résultat. C’est ce dernier aspect – l’aléa – qui est dans un premier temps retenu de manière à étudier comment il oriente l’action des organisateurs du spectacle et caractérise l’expérience du public. Au-delà de la seule issue de la compétition, l’incertitude se loge à un autre niveau, celui de la sécurité et de la sûreté propres à tout événement recevant du public dans un espace donné, lequel compose ainsi le second temps du travail.