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Que reste-t-il du Caen d'avant-guerre ?

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Romain Stepkow, géographe
Structure de recherche associée à la MRSH : HISTEMÉ
Enregistré le : 27/03/2019 - Durée : 25mn - Réalisation : MRSH
Lieu : Mémorial de Caen

Cette communication a été filmée lors du colloque international intitulé De Verdun à Caen - L’archéologie des conflits contemporains : méthodes, apports, enjeux qui s’est déroulé au Mémorial de Caen les 27 et 28 mars 2019, organisé par la DRAC Normandie, la DRAC Grand-Est, l’Inrap et l’Université de Caen (MRSH-HisTeMé) avec le partenariat de  la Région Normandie, du Département du Calvados, de la Ville de Caen  et du Groupe de recherches archéologiques du Cotentin.

Depuis plus d’une décennie, l’archéologie contemporaine s’est approprié ce nouvel objet d’étude que sont les conflits de l’ère contemporaine. Ce champ de recherche encore jeune, dont la pertinence est de moins en moins disputée à mesure que se succèdent les découvertes, a vu l’émergence de questions spécifiques auxquelles les archéologues n’avaient que peu ou pas été confrontés jusqu’alors...

Formé à la géographie à l’université de Caen, Romain Stepkow a été sensibilisé aux dynamiques d’évolution des territoires et de l’impact environnemental induit par ces mutations (artificialisation des sols, pertes progressives des terrains agricoles). En parallèle à cette orientation environnementale, il s’est spécialisé dans le domaine des systèmes d’informations géographiques afin de répondre précisément à ces problématiques d’évolutions territoriales. Son intérêt pour la Seconde Guerre mondiale et la bataille de Normandie l’a poussé à créer une base de données cartographique unique sur Caen avant/après-guerre en collectant l’ensemble des photos aériennes existant sur cette période.

Une étude inédite des quantifications des bombardements de 1944 et du renouvellement urbain d’après-guerre

La ville de Caen se parcourt comme une ville d’art de tout premier plan contrairement aux idées reçues résultant d’une mauvaise appréciation des destructions relatives aux bombardements de juin et juillet 1944. En effet, les sources diffèrent quant aux chiffres des destructions, mais tous ont un point commun à savoir l’exagération des destructions (70, 75, 80, 90% !). Ensuite, il faut prendre en compte la nature des destructions (vitres soufflées, toitures envolées, façades écroulées…) car, mises bout à bout, les destructions deviennent apocalyptiques, à tel point que les premières estimations notent que seuls 348 logements sont sortis intacts des bombardements. La ville a donc été clairement meurtrie par la guerre et 900 ans d’une longue sédimentation urbaine ont été amputés d’églises, de couvents et d’hôtels particuliers auxquels il faut ajouter toutes les habitations de moindre importance qui faisaient le charme du Caen d’autrefois.

Les années qui suivent la guerre voient la remise sur pied de la ville et ce jusqu’en 1964. La reconstruction menée par le maire Yves Guillou et l’architecte en chef Marc Brillaud de Laujardière est étroitement encadrée par le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (MRU). Bien que le MRU n’ait rien de comparable avec la RAF et l’USAF, il contribue néanmoins à raser un très grand nombre de bâtiments et ignore souvent la restauration d’édifices qui ont pourtant une place non négligeable dans l’histoire de la ville.
Pour autant, la ville se parcourt encore comme une ville d’art de tout premier plan, ce qui est assez paradoxal finalement. Cela s’explique par le fait que la quasi-totalité des ouvrages a été prise en compte (à juste titre) lors de la reconstruction des secteurs sinistrés, car abondamment illustrés par les photographies des ruines fumantes du quartier Saint-Jean, du quartier de Vaucelles et des abords du château. Au final, l’ensemble des clichés portant sur les secteurs sinistrés achevèrent de composer cette image d’une ville entièrement détruite ou presque dans les livres d’histoires et dans l’imaginaire collectif de ceux qui ne connaissaient pas réellement la ville d’avant-guerre.

Par miracle, c’est l’ouest de la ville qui sort la moins meurtrie des bombardements. Les bombes ont évité les secteurs de la place Saint-Sauveur jusqu’au fin fond de la rue Caponière et le long de la rue de Bayeux, mais il faut prendre en compte aussi les centaines de logements individuels qui composent la rive droite. Aujourd’hui, grâce aux possibilités offertes par les SIG et aux photos aériennes d’avant et d’après-guerre, une étude inédite sur les destructions a pu être réalisée et propose un éclairage nouveau sur les pertes induites par les bombardements mais aussi par le renouvellement urbain opéré depuis 74 ans. À terme, cette méthodologie pourra être appliquée à d’autres villes.

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