De l'émerveillement

Lieu : MRSH
Début : 15/01/2015 - 09:00
Fin : 17/01/2015 - 18:00
Responsable(s) scientifique(s) : Julie Anselmini / Marie-Hélène Boblet

 

Alors que la catégorie du merveilleux a fait l’objet de multiples études, le processus affectif et cognitif de l’émerveillement, comme transport des sens, du cœur et de l’intelligence, reste à questionner. Cette émotion complexe faite d’effroi et d’abandon, qui dès le Théétète est associée à la démarche philosophique, nourrit dans la modernité  aussi bien le récit que la poésie.

À côté du désenchantement, de la crise des valeurs et de la nostalgie du Sacré qui irriguent largement la littérature d’après la Révolution, du romantisme à la fin du XIXe siècle, à côté de la mélancolie et du soupçon qui ont caractérisé au XXe siècle le Nouveau Roman ou les écritures blanches, certaines œuvres expriment le sens profane du « miracle » (Alain-Fournier), la révélation de l’épiphanie (Joyce) ; elles témoignent du crédit accordé à l’expérience immanente de vivre en ce monde, et de l’arrachement à la finitude par l’intuition d’un horizon qui à la fois se dérobe et se dévoile. Loin du sentiment de carence ou d’absence, elles expriment l’assentiment à ce qui apparaît, et la victoire sur la négativité.

Ce colloque souhaite examiner l’aptitude existentielle à l’admiration, la manière dont l’émerveillement est thématisé dans les œuvres et l’organisation textuelle suscitée par le mélange d’allant et de suspens, d’attention et d’enthousiasme, en sollicitant les littératures poétiques et narratives des XIXe et XXe siècles. La réflexion portera sur un corpus étendu aux langues romanes y compris sud-américaine.

Le colloque conjuguera plusieurs perspectives :

 - Une perspective d’histoire littéraire  et d’histoire des mentalités : quand la montée en puissance d’un « rationalisme étroit et positif » (Nodier), quand l’intelligence sceptique et critique ont discrédité la naïveté et l’abandon inclus dans l’émerveillement,  l’aporie de la logique et le besoin d’admiration ne sont-ils pas venus au contraire les réévaluer ?

- Une perspective thématique et phénoménologique : il faudra distinguer les états de conscience et les expériences affectives liés à l’émerveillement (l’étonnement, la stupeur, l’effroi, le ravissement, l’extase, le sentiment du sublime…), tels qu’ils se manifestent chez les personnages, le narrateur ou l’énonciateur. Quelle relation est tissée entre le monde du texte et le monde de la vie ? Par ailleurs, comment engager avec le lecteur un contrat fondé sur l’émotion et l’empathie ?

- Une perspective poétique : on examinera comment l’écriture narrative, « fabrique du continu » (Jean-Paul Goux), vouée à développer une intrigue dans la durée, peut redéfinir sa matière et sa manière à la faveur de l’émotion par définition suspensive qu’est l’émerveillement. Comment organiser la temporalité à partir et autour d’instants d’exception? Après avoir mis l’accent sur la forme du récit, puis sur la tension narrative (Raphael Baroni, 2007) on pourrait étudier sa force impressive. Du côté de la poésie qui, elle, ne cherche pas la crédulité du lecteur, on pourra par exemple interroger l’engouement pour les formes venues d’ailleurs telles que le haïku.

Comité scientifique du colloque :

Claire Barel-Moisan, CNRS

Marie-Paule Berranger, Université Paris III

Brigitte Diaz, Université de Caen

Laure Himy, Université de Caen

Jean-Yves Laurichesse, Université Toulouse-le Mirail

Claude Millet, Université Paris VII

Jacques Poirier, Université de Bourgogne

Bertrand Vibert, Université Grenoble III

 

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