Aux frontières de la fiction : théories, pratiques et création

Lieu : MRSH - Salle des Actes
Début : 16/11/2017 - 09:00
Fin : 17/11/2017 - 18:00
Responsable(s) scientifique(s) : Anouck Linck, Ina Salazar, Nadia Tahir, David Vasse

 

PRÉSENTATION

Le colloque que nous souhaitons organiser en Octobre 2017 vient couronner trois années de séminaires consacrés à l'exploration de deux notions "Fiction" et "Non fiction", les tensions et porosités qu'elles engendrent dans la production des œuvres cinématographiques et littéraires, nous interrogeant aussi sur ce que ces notions recouvrent, leur degré de pertinence pour comprendre la nature et le mode de fonctionnement de nos représentations ainsi que notre rapport au réel, dans le cadre d’une production culturelle qui tient de moins en moins compte des frontières génériques et qui nous habitue de plus en plus à des pratiques médiatiques où se fondent réalité et fiction, monde virtuel et monde réel.

Lors de la première année du séminaire  (2013-2014) le but a été de faire un état de la question en posant en premier lieu quelques bases théoriques sur la notion de "fiction" avec Olivier Caïra de l’EHESS  pour considérer ensuite la tension Fiction/non fiction auprès des créateurs (avec l'écrivaine Belinda Cannone et la documentariste Marie Dault)  et les œuvres ou genres qui la questionnent comme le néoréalisme italien, Christian Viviani et  Jean Gili), et le traitement fictionnel de faits sociétaux et historiques : la dictature en Argentine (Cecilia González U. de Bordeaux) et les zones de non droit au Mexique, Maricruz Castro Ricalde, U. Tecnológico de Monterrey. Pendant la deuxième année 2014-2015 nous avons souhaité approfondir notre recherche et la rendre plus féconde avec quatre séances autour d’un axe unique, « le carnet de voyage », genre et format hybrides par excellence, au carrefour entre fiction et non fiction. Le road movie a été abordé par Bernard Benoliel, Directeur de l'Action culturelle de la Cinémathèque française. Il a été question ensuite de la fictionnalisation des carnets de voyage de Ernesto « Che » Guevara avec  le réalisateur Richard Dindo, et le MCF Joaquin Manzi, autour de Che Guevara, le journal de Bolivie, la troisième séance ayant été consacrée à l'étude des différents supports utilisés pour les carnets de voyage (Pascale Argod, U de Bordeaux -Michel Montaigne et Isabelle Lavergne (MCF Paris 4) et la dernière au film Carnet de notes pour une Orestie africaine de de P.P. Pasolini (Hervé Joubert-Laurencin (Paris X). Les séminaires 2015-2016 ont exploré le biographique, matière romanesque ou modalité générique qui questionne et montre la porosité des frontières entre fiction et non fiction, entre expérience et imaginaire, vie et œuvre d’art. Nous avons invité Annick Louis (EHESS ) autour de la figure de l'auteur chez J.L. Borges; Le cinéma d’Avi Mograbi a été analysé par Eugenio Renzi (philosophe et critique de cinéma), Julie Wolkenstein, écrivaine, est venue nous parler de l'autofiction et de son roman Adèle et moi et finalement le réalisateur Alain Cavalier  a présenté son approche créatrice à travers son film La rencontre de 1996.

 

L'organisation d'un colloque à la fin des trois années de séminaires consacrées au binôme fiction / non fiction se justifie pleinement au regard de l'intérêt suscité par les séminaires auprès des étudiants, doctorants et enseignants chercheurs des UFR de Sciences humaines (lettres et Arts du spectacle) et de LVE et aussi et surtout parce que ces explorations ont permis de prendre conscience de la fécondité du sujet et du besoin d'étendre cette réflexion à de nouveaux axes, qui bien entendu, n'épuiseront pas la question mais permettront de donner encore plus d'amplitude et de profondeur à cette thématique.

C'est pourquoi le colloque sera articulé autour de 4 axes, chacun devant être développé par demi-journée.

 

AU PROGRAMME

1. Conférence inaugurale d'Olivier CaÎra, Écoles des Hautes Études en Sciences Sociales-IUT D’Evry

 

2. SCIENCE, TEHCNIQUE ET IMAGINAIRE COLLECTIF - 16 novembre (MRSH, 15h30-18h30)


Dans l’imaginaire collectif occidental moderne plane la croyance qu’il suffit d’accumuler du savoir scientifique et technique pour résoudre la question de plus en plus pressante, dans un contexte global d’effondrement environnemental (dérèglement climatique, crise de la biodiversité, déplétion des ressources, altération des milieux), de l’avenir de l’humanité. Il y a quelque ironie à voir la science et la technique invoquées pour des problèmes qu’elles ont contribué, par le mésusage qui en est fait, à créer ou aggraver. Les difficultés actuelles et futures n’échappent-elles pas, par leur ampleur, à toute solution scientifique ou technique? Faut-il à tout prix inventer de nouveaux moyens scientifiques et techniques pour traiter ou nous débarrasser des problèmes (la pollution, l’accumulation des déchets), ou bien s’attaquer à leurs sources mêmes en modifiant nos procédés techniques et surtout nos objectifs de production? (Jean-Marc Lévy-Leblond) En dépit d’alternatives concrètes salutaires, le techno-scientisme fait autorité auprès des institutions sociales et des pouvoirs dominants. Il relève du domaine psychique, mais il s’exprime dans des actions. Il détache l’esprit de son appartenance au vivant. Ce troisième axe de réflexion autour du rapport de la fiction et la non fiction explorera les mécanismes par le biais desquels se construisent les scénarios imaginaires de l’esprit. On cherchera à identifier les idées reçues sur la science et la technique en interrogeant le rapport de l’imaginaire collectif à son milieu environnant. Dans l’idée de « replanter nos consciences » (Sabine Rabourdin), on se demandera comment transformer nos styles perceptifs, définis par les usages et les coutumes depuis des décennies dans un cadre occidental moderne productiviste où la technique prédomine.

Mots-clés : science, technique, imaginaire collectif, nature, sacré, milieu environnant.

Intervenants :

Joël Decarsin (artiste, coordinateur de l’association Technologos) : « Le "sacré transféré à la technique" expliqué par l'art de la Renaissance »

Jean-Marc Lévy-Leblond (physicien, épistémologue) : « Une histoire des sciences au XXIe siècle »

Catherine Larrère (philosophe) : « Où sont passées les voitures volantes ? »

Sabine Rabourdin (anthropologue) : « Décentrer notre imaginaire »

 

3. ETHIQUE, FICTION ET NON FICTION

 

4. LE RAPPORT « FICTION/NON FICTION » DANS L’ACTE DE CREATION

« Il n’y a de cause autobiographique que de ce qui cloche pour le sujet qui s’y engage » disait Lacan. Que se passe-t-il lorsque le je à l’œuvre dans l’acte de création finit par déborder les limites de la non fiction jusqu’à atteindre l’impersonnalité de tous ? Le « ce qui cloche » pour le sujet n’est-il pas non plus l’endroit où s’articulent plus ou moins secrètement témoignage de soi et hypothèse d’une empathie qui touche à l’universel, au mythe d’un partage intime avec le lecteur/spectateur qui s’y reconnaît ? S’engager dans un travail sur l’intimité, ou plus exactement dans une intimité au travail, ne consiste-t-il pas à élaborer avec le monde les conditions d’un tel partage ? Et si la fiction était ce qui, même incidemment, qualifie cette ouverture ? Dans ce 4ème axe, envisagé pour une table ronde en présence de créateurs spécialisés dans ce domaine (en littérature et en cinéma), il sera aussi question de faire le point sur trois courants dominants aujourd’hui, particulièrement en littérature : l’autofiction (l’autobiographie mise en scène ou en récit), la biofiction (prendre une personnalité célèbre et en faire un roman), le docufiction (prendre un fait divers et en faire un roman). Trois tendances à succès qui s’inscrivent parfaitement dans notre champ de réflexion sur les rapports entre fiction et non fiction.

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