Aventure(s) du récit

Lieu : MRSH - Salle des thèses
Début : 23/03/2017 - 09:00
Fin : 23/03/2017 - 18:00
Responsable(s) scientifique(s) : B. Diaz / C. Hummel / M. Speyer

 

Déjà le Soleil commençait à dorer de ses Rayons, les coteaux délicieux de la fameuse, etc. Mais pardon, […] je le prends sur le ton d’un Roman dans les formes, et c’est une nouvelle galante que j’ai résolu d’écrire.

Cet extrait de l’ouverture de Cléonice, de Madame de Villedieu (1669), rend sensible l’effet centrifuge à l’oeuvre dans l’écriture, qui peut conduire l’écrivain à progresser par tours et détours, jusqu’à l’éloigner du protocole ou de l’inscription générique initialement envisagés. Ce type d’intervention au sein du récit invite à distinguer l’aventure du personnage, constituée de péripéties, d’épisodes successifs, de l’aventure du récit lui-même, entendue comme « événement discursif », pour reprendre la terminologie proposée par Marc Courtieu (Courtieu, 2012).

En ce sens, l’aventure désigne une ouverture, au stade de la création, à ce qui advient, mais aussi une disponibilité aux possibles à explorer et aux infléchissements dus au hasard. Comme le soulignait déjà Jacques Rivière en 1913 à propos de ce qu’il appelait « l’état d’aventure », la notion renvoie moins à un champ thématique qu’à une manière d’être, un état d’esprit accueillant l’imprévisibilité, et conduisant à la reconfiguration des genres existants. C’est aussi l’idée d’un saut dans l’inconnu que choisit de privilégier Lauric Guillaud lorsqu’il définit l’aventure comme « le triomphe du hasard dans un "ailleurs" géographique et temporel illimité » (Guillaud, 2014).

Cette cinquième journée d’études des Jeunes Chercheurs du LASLAR (Lettres, Arts du Spectacle, Langues Romanes) sera donc consacrée à la réflexion sur ces chemins de traverse empruntés par les créateurs (auteur, metteur en scène, réalisateur), en insistant sur leur figuration au sein des oeuvres elles-mêmes. Penser le récit – littéraire, dramatique ou cinématographique – paraît fécond pour mettre au jour les aléas de la création, et leur inscription dans les oeuvres littéraires, les pièces de théâtre et les films.

Ces dynamiques narratives semblent relever de la gageure, dans la mesure où elles consistent à inscrire un élan dans des formes figées et linéaires au moment de leur réception. Les interventions parfois facétieuses des instances narratives, la déstabilisation des canons génériques, ou encore la perturbation de l’ordre (chrono)logique du récit sont pourtant la preuve que les œuvres artistiques sont elles-mêmes en mouvement. Comment le récit peut-il garder la trace de ses propres devenirs, qu’ils soient actualisés dans son déroulement ou simplement évoqués ? Peut-on parler d’un développement immanent au récit lui-même, ou bien le créateur reste-t-il in fine maître de sa trajectoire ?

 

Plusieurs axes de réflexion pourront être envisagés :

1/ En quoi les « seuils » définis par G. Genette sont-ils des espaces où se donnent à voir le créateur aventurier et l’aventure de la création ? Les making-of accompagnant les DVDs répondent à un besoin de documentation, mais sont autant de mises en scène de la construction des films. Des indications sur la « gestation » de l’auteur et de son œuvre se trouvent également dans les Préfaces ou les Postfaces, occasions de revenir sur les audaces et les tribulations du récit (notamment chez Marguerite Yourcenar), ou de les démystifier (par exemple dans les Remarques ajoutées au Berger extravagant de Charles Sorel).

2/ Quelles sont les aventures et les mésaventures rencontrées par le récit lors de sa réception ? Si le passage du récit à l’objet publié peut infléchir le devenir de l’œuvre, au gré des aléas de la publication, c’est surtout le devenir du récit lui-même qui évolue par les changements de support, les réécritures ou les processus de mythification, qui transforment en retour la perception de l’œuvre.

3/ Enfin, et surtout, quelles sont les formes de ces récits qui s’apparentent moins à des chemins qu’à des labyrinthes (Borges, Queneau) ? Que s’efforcent-ils de faire advenir ? Et quels rapports au lecteur ou au spectateur mettent-ils en place ? Le régime de l’incertitude peut être annoncé d’emblée, ou au contraire participer d’une progression déceptive, sur un mode ludique ou subversif, qui tour à tour implique, surprend ou égare le lecteur / spectateur.

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