Actes journée d'études "Aventure(s) du récit" - Avant-propos

Type de document : Acte de colloque
Date : 16/01/2018
Auteur(s) : Caroline MOUNIER-VEHIER / Miriam SPEYER
Avant-propos
 
Solenne Montier
Université de Caen Normandie
Laslar EA 4256
 
 
 
Le choix du champ d’études fait l’objet d’un pari : celui de postuler l’autonomie de la notion d’aventure, en-dehors du roman d’aventures qui lui est habituellement associé, pour prendre en compte ses formes moins visibles, voire paradoxales, dans les œuvres littéraires, artistiques ou cinématographiques. Cette journée d’études a donc été consacrée aux chemins de traverse empruntés par les créateurs, en insistant sur leur figuration au sein des œuvres elles-mêmes. Si, comme le rappelle Christophe Pradeau, l’aventure est passée du champ de l’action à celui de la réflexion, peut-on encore établir ses caractéristiques sans prendre le risque de la figer dans une définition univoque ?
L’aventure, on le sait, désigne d’abord une ouverture à ce qui advient, une disponibilité à l’exploration ou à l’expérimentation des possibles. Au stade de la création, « l’état d’aventure » envisagé en 1913 par Jacques Rivière renvoie moins à une thématique qu’à une manière d’être, un état d’esprit accueillant l’imprévisibilité et conduisant à la redéfinition des genres existants. Mais le saut dans l’inconnu concerne également les aléas de la réception, dont les ratés ou les résistances peuvent contrarier l’élan initial. On voit que le lien entre narration et aventure est paradoxal : comment concilier le choix de délaisser la narration traditionnelle pour raconter « à sauts et à gambades » (pour reprendre la formule de Montaigne) et l’inscription de ces dynamiques dans des formes bien souvent figées et linéaires ? Comment le récit peut-il garder la trace des ses propres devenirs, qu’ils soient simplement évoqués, ou actualisés dans son déploiement ? Peut-on parler d’un développement immanent au récit lui-même, ou bien le créateur reste-t-il in fine le maître de sa trajectoire ? 
Il importe en outre d’interroger le désir qui motive le franchissement d’un seuil vers un territoire non cartographié. Dans ce geste initial, s’agit-il de se déprendre d’un espace ou d’un mode d’action auxquels on souhaite échapper, ou bien de viser un nouvel horizon, voire un nouveau but ? En d’autres termes, on peut se demander si les aventures du récit relèvent de la fuite ou plutôt de la quête, et tenter d’envisager leur éventuelle fonction transgressive. Cet enjeu est largement déterminé par l’évolution historique de la narration, des formes épiques aux renouvellements les plus contemporains. Que cherchent à faire advenir les récits qui ressemblent moins à des chemins qu’à des labyrinthes ? Peuvent-ils trouver un point d’aboutissement ou sont-ils avant tout un processus ? Les articles proposés éclairent ces questions croisées à partir d’études de cas, qui confirment dans des contextes très divers la densité et la plasticité des aventures du récit. 
 
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Caroline MOUNIER-VEHIER, Miriam SPEYER, Introduction
 
 
La journée a été ouverte et close par deux conférences, qui ont fait objet d’un enregistrement audio.
 
Conférence d'ouverture : Marc Courtieu (Université de Haute-Alsace), « Événement et récit. De trois modes narratifs: intramondain, discursif, opéral » > http://www.unicaen.fr/recherche/mrsh/forge/3924
 
Conférence de clôture : Pascale Mounier (Université de Caen Normandie), « L'histoire empêchée dans la Mythistoire barragouyne de Des Autels (ca. 1550) » http://www.unicaen.fr/recherche/mrsh/forge/4550