Le cinéma d’épouvante et d’horreur américain contemporain (1999-2017)

Lieu : MRSH
Début : 05/10/2018 - 09:00
Fin : 05/10/2018 - 18:00
Responsable(s) scientifique(s) : P. Ortoli / J.-B. Carobolante

Avec Le projet Blair Witch, sorti en 1999 (Eduardo Sanchez et Daniel Myrick), il semblerait  que les liens entretenus depuis longtemps entre le cinéma et le surnaturel aient franchi un nouveau cap. Le fantastique et l'horreur, alors ancrés dans un déroulement classique, se trouvent incorporés au médium cinématographique lui-même, troublant le spectateur jusque dans sa position contemplative. Quelque temps après,  Saw de James Wan (2004) inaugurait aussi à sa manière une nouvelle façon de concevoir l’horreur, fortement inspirée des tentatives jusqu’au-boutistes italiennes (Joe D’Amato ou Ruggero Deodato), qui allait inaugurer un nouveau sous-genre, le Torture Porn (auquel Eli Roth et ses Hostel (2005 et 2007) a donné ses lettres de noblesse) qui s'est donné pour motif de conter les longs sévices d'une victime (souvent américaine) au sein d'un territoire inconnu (y compris s’il se situe dans le même lieu que celui habité par les infortunés héros). Wan a vite quitté ce terreau pour s’aventurer dans celui du fantastique (là où le principe d’hésitation quant à la réalité du surnaturel dans la fiction est central), à travers, notamment, la série des Insidious (2010, 2013, 2015), sortie sous la houlette d’un producteur indépendant visiblement passionné par les questions de lien avec l’au-delà (Jason Blum), mais également à partir de sa saga des Dossiers Warren (entre autres les séries Conjuring, 2013 et 2016 ; et Annabelle, 2014 et 2017). Ce qui change, notamment sous l'héritage des Japonais Hideo Nakata (Ringû, 1998) et Takashi Shimizu (The Grudge, 2004), c'est que le fantastique n'est plus lié au gothique de la demeure anglaise, mais devient une véritable épouvante quotidienne pour l'Amérique. Après les tueurs et boogeymen de la fin du XXe siècle, la demeure de l'American Dream est sujette au doute de l'implosion sous l'effet des spectres. L'Autre invisible n'est alors plus seulement le souvenir d'un passé douloureux, mais la marque d'un présent dont le vernis semble se craqueler.

Ces grandes lignes se doivent d’être complétées par un nombre impressionnant de films qui, issus du style Found Footage dévolu au Projet Blair Witch, ont donné naissance à une quantité prodigieuse de faux documentaires d’épouvante (pas nécessairement américains), d’autres productions renouant avec le fantastique originel, bâtis sur la distinction spectre-fantôme, et,  bien sûr, quantité d’œuvres axées sur la représentation de la souffrance du corps humain comme enjeu principal de leurs fictions. Ce panorama ne serait néanmoins pas complet,  si on n’y incluait pas les diverses séries que la télévision a produites, héritée de ces diverses sous-branches. Si la plus connue d’entre elles, American Horror Story (Ryan Murphy, Brad Falchuk, 2011) s’appuie effectivement sur un héritage référentiel cinématographiquement riche (depuis Freaks (Ted Browning, 1931)), d’autres développent des films emblématiques de ces sous-genres (Ash vs Evil Dead (Samuel Raimi, 2015), Une nuit en enfer (Roberto Rodriguez, 2014) ou The Walking Dead (Frank Darabont, Robert Kirkman, 2010)). La représentation de l'horreur au cinéma étant esthétiquement fondée sur une aporie diégétique, une répétition incessante de scènes de meurtre ou de hantise ainsi que la disparition progressive des personnages, l'avènement de séries télévisées horrifiques amène alors un changement dans notre manière d’envisager le genre à l’écran. Il semble donc que ce paysage soit véritablement foisonnant et que, dans cette décennie qui se clôture peu à peu, revenir sur ce début de XXIe siècle, siècle qui voit l'Amérique chahutée et en doute sur son avenir, afin d'analyser et de comprendre comment elle porte à l'écran ses peurs et ses terreurs, soit porteur d’interrogations.

  L’idée d’une journée d’étude sur ce nouveau paysage américain (incluant toutes les œuvres se réclamant du surnaturel) nous a semblé pertinente pour plusieurs raisons que nous pouvons subdiviser en trois grandes problématiques :

- La première permet de mesurer le rapport qu’entretient la création contemporaine avec un certain nombre d’images issues de ce que l’on nomme, faute de mieux, les « images primordiales » (au sens de Durand)), et, en ce sens, questionner les archétypes fondamentaux du genre, leurs évolutions et leur métamorphose, en face  des certitudes, mais surtout des doutes et des démons qui sont ceux de l'Amérique actuelle, nous paraît riche de sens.

- La seconde tend vers un questionnement sur le cinéma lui-même. Comment l'épouvante américaine contemporaine nous permet de penser notre rapport à l'image, et plus particulièrement notre rapport au cinéma ? Le rapprochement entre l'image et l'invisible est à l'origine de l'Occident ; pourtant il semblerait qu'une évolution soit advenue avec l'épouvante américaine actuelle dont les représentations semblent de plus en plus agressives, violentes et cruelles. Est-ce que cette terreur peut être déportée vers un questionnement général sur l'image, d'autant plus à une époque que certains qualifient d'ère de l'écran ? De plus, comment comprendre ces images de plus en plus tournées vers un envahissement par l'abject ?

- Enfin, comment ce renouveau de l'épouvante américaine, conduite notamment par les pratiques inhabituelles du producteur Jason Blum et par l'avènement massif des séries, nous permet de repenser l'industrie cinématographique américaine de façon plus générale ?

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