Actualités de l’Ancien : valorisation, réception, recréation, traduction

Responsables : Claire Lechevalier et Brigitte Poitrenaud-Lamesi

 

Cet axe de recherche est né d’une interrogation à première vue paradoxale : l’« ancien » peut-il avoir une « actualité » ? En quoi peut-il faire irruption ou événement dans un présent quel qu’il soit ? A rebours d’une représentation qui tendrait à montrer que l’« ancien » est par définition inactuel, plusieurs chercheurs du LASLAR, en Lettres modernes, Arts du Spectacle et Langues Romanes, réfléchissent depuis plusieurs années aux différentes modalités de l’inscription de l’ancien dans le présent : ces questions nourrissaient les travaux de l’axe antérieur « Valorisation du patrimoine » ou certains programmes de l’axe « Écritures de l’image (Francescovivo notamment). Nous voudrions ici mettre en réseau ces recherches, en susciter de nouvelles pour dégager et interroger les différents modes de réception, d’usage et de transmission d’objets littéraires et artistiques d’une époque passée par une autre : c’est ce que déclinent les quatre actions du titre (valorisation, réception, recréation, traduction), ouvrant ainsi sur des approches qui se font écho par les concepts maniés tout en ayant des objets variés. Cet axe n’a pas vocation à être celui des spécialistes des siècles passés, par distinction des contemporanéistes : il s’adresse à tous ceux que la tension passé/présent intéresse. Réfléchir sur les formes, les raisons et les enjeux de l’« actualité » de l’ancien, c’est penser leur mise au présent, que ce soit sous la forme de la reviviscence ou de la migration, de la permanence ou de la réinvention.

Pour fédérer les réflexions, un examen épistémologique de la définition de l’ancien s’est imposé dans un premier temps[1]. Si le terme « ancien » peut définir un moment de l’histoire humaine (les Anciens qui sont tout à la fois une période (l’Antiquité) et un corpus culturel, il peut aussi, par contiguïté, être associé à d’autres formes de passé qui se trouvent dès lors essentialisés : le Moyen-Âge, la Renaissance, le Baroque, etc. La perspective centrale de cet axe consiste précisément dans une interrogation sur le rapport entre les temps : pourquoi définir un objet comme « ancien » ? Quelle démarche intellectuelle et peut-être affective cela suppose-t-il ? Comment passe-t-on du « passé » – compris comme ce qui nous précède dans un temps désormais jugé lointain – à l’« ancien » c’est-à-dire ce qui s’affirme encore avec prégnance dans le présent comme un héritage ? À quelles nécessités présentes la référence à l’ancien répond-elle ? En somme, il s’agit toujours de comprendre l’ancien comme une notion relative à un énonciateur (par exemple, le Moyen-âge des Romantiques ou celui des contemporains), qui interroge sa conception du présent, sa projection dans un futur idéalisé ou diabolisé, son rapport au temps[2]. La réflexion vient alors nourrir l’interrogation sur la modernité et la post-modernité[3], ainsi que sur la représentation de l’Histoire.

  • Orientations proposées

En mettant au centre des réflexions la question de l’appropriation, l’axe accueille des travaux déjà existants et veut en susciter de nouveaux ; il est structuré autour de quatre champs de recherche :


– Valorisation : les travaux de la thématique Valorisation du patrimoine trouvent une place naturelle dans Actualités de l’ancien. Il s’agit d’une réflexion fondatrice du LASLAR qui interroge depuis longtemps, par le biais de la notion de patrimoine, la constitution des sources artistiques et littéraires, leur conservation et leurs usages actuels. Les recherches sur la conservation et la valorisation des films anciens sont également convoquées.


– Réception et recréation : les perspectives concernent des programmes existants ou en cours de constitution (Francescovivo, Imaginaires & pauvreté, Baroque au présent) et engagent de nouvelles actions, par exemple sur les pratiques de diffusion et de réécriture des œuvres anciennes ( « Usages du "copier-coller" aux XVIe et XVIIe siècles », « les Stratégies de destination large de la fiction narrative aux XVe et XVIe siècles »), sur l’actualité de l’antique et la réécriture des mythes (projet Homère aujourd’hui), sur « la survivance des formes cinématographiques dans les images contemporaines ».


– Traduction : cette perspective accueille le travail de plusieurs chercheurs de l’équipe sur la traduction des textes anciens[4], en étudiant celle-ci du point de vue de la transmission et de la réécriture.

Tous les membres de l’équipe intéressés par ces réflexions sont invités à proposer leurs idées de programme ou leurs projets d’actions scientifiques afin de développer un axe thématique assez souple pour accueillir une variété de travaux caractéristiques du LASLAR, assez cohérent pour mettre en perspective et en réseau les actions de chacun, assez durable, enfin, pour permettre de développer et de prolonger des actions dans le temps.

Dans cet esprit, les quatre volets de recherche, mentionnés plus haut, ont été réunis dans le cadre d’un séminaire commun « Qu’est-ce que l’ancien ? », séminaire dont la vocation épistémologique, devait permettre de mieux définir les termes et de les mettre à l’épreuve des résultats obtenus dans les différents programmes. Ce séminaire, toujours actif, est aussi un cadre pour accueillir des équipes ou des chercheurs d’autres disciplines travaillant sur des sujets connexes (mémoire, humanités numériques, modernité/post-modernité).




[1] Plusieurs travaux récents ont permis de renouveler la question : Pierre Judet de la Combe, L’Avenir des Anciens. Oser lire les Grecs et les Latins, Paris, Albin Michel, 2016 ; Salvatore Settis, Il Futuro del classico, Torino, Einaudi, 2004 ; François Hartog, Anciens, Modernes, Sauvages, Paris, Seuil, 2008 [2005]. Voir aussi sur la question du patrimoine, Françoise Choay, L’Allégorie du patrimoine, nouvelle édition revue et corrigée, Paris, Seuil, « La Couleur des Idées », 1999.

[2] Voir Jacques Le Goff, Pour un autre Moyen Age, Paris, Gallimard, 1977 ; Umberto Eco, « Dieci modi di sognare il medioevo », in Quaderni Medievali, n°21, 1986, p. 187-200 ; Nicole Loraux, « Éloges de l’anachronisme en histoire », Le Genre humain, n° 27, 1993, p. 23-39 ; François Hartog, Régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps, Paris, Seuil, 2003 ; Sophie Rabau, Quinze (brèves) rencontres avec Homère, Paris, Belin, 2012, Patrick Boucheron, Conjurer la peur. Essai sur la force politique des images, Paris, Le Seuil, 2013.

[3] Entre autres, voir Antoine Compagnon, Les cinq Paradoxes de la modernité, Paris, Seuil, 1990 ; Hans Blumemberg, La Légitimité des temps modernes, trad. Marc Sagnol, Jean-Louis Schlegel, Denis Trierweiler, Paris, Gallimard, 1999.

[4] Voir les différents volumes de l’Histoire des traductions en langue française dirigée par Yves Chevrel et Jean-Yves Masson aux éditions Verdier.