Lucie Roussel-Richard - LASLAR EA4256

Dernière modification le 07/07/2020

Lucie ROUSSEL-RICHARD
Site web : https://unicaen.academia.edu/LRoussel

Docteure

Membre associé de l'équipe LASLAR

Activités de recherche

 

Lucie Roussel Richard, Les Écrivaines-journalistes sous la monarchie de Juillet : la presse au service d’une reconnaissance littéraire, Normandie Université (dir. Brigitte Diaz), 10 décembre 2018.

 

Cette thèse examine l’investissement de la presse de la monarchie de Juillet par les femmes souhaitant intégrer le champ littéraire. Nous avons en effet interrogé la presse établie à la fois comme un espace de production littéraire et comme un espace de contestation pratique et discursive de la dénégation de la légitimité littéraire des femmes au XIXesiècle.

La première partie de la thèse cherche à définir à partir de quelles caractéristiques les écrivaines-journalistes doivent composer cette posture. Il s’agissait d’intégrer à notre raisonnement l’analyse des conceptions du modèle féminin réactualisé au début du XIXe siècle et leur impact sur le statut d’autrice, entre presse et littérature. La deuxième partie de la thèse se concentre sur les productions et les positions des écrivaines de littérature médiatique en partant des contraintes qui leur étaient spécifiques, à savoir comment leur genre et les valeurs qui lui sont associées prédominent sur la réception et sur la reconnaissance de leurs œuvres. Cet obstacle à dépasser pour atteindre la reconnaissance littéraire nous a amené à envisager les écritures littéraires et médiatiques des femmes comme des tactiques d’acceptabilité. C’est à partir de cette notion que nous avons analysé l’adaptation des écritures de Flora Tristan aux supports littéraire ou journalistique et le jeu avec les normes de genre dans l’écriture de Delphine de Girardin dans sa chronique pour La Presse. Enfin, nous avons analysé la presse féminine comme l’espace même de la tactique d’acceptabilité en ce qu’elle ne concurrence pas frontalement la domination masculine du champ mais qu’elle reçoit à la fois des productions littéraires et des articles discutant l’activité littéraire des femmes. Cependant, il nous est apparu que cette émancipation n’allait pas sans compromis, le principal étant de devoir produire une ligne éditoriale acceptable, ne serait-ce que pour la survie économique du journal. Il fallait donc que les articles entrent au moins en cohérence avec les exigences morales pesant sur les femmes. L’analyse de la posture de critique littéraire et critique d’art d’Alida de Savignac illustre ce fragile équilibre : il a s’agi pour cette écrivaine-journaliste d’adapter à la presse féminine la fonction de critique, considérée comme virile du fait de l’autorité qu’elle contient.  

Cette recherche a abouti à la définition des caractéristiques de la posture d’écrivaine-journaliste. Ces femmes ont d’abord toutes en commun d’écrire dans plusieurs journaux et de publier des ouvrages. Leurs écritures se nourrissent de la variété de ces supports et confirment les influences réciproques des écritures journalistes et littéraires de l’époque. Les rédactions de presse qu’elles traversent deviennent des lieux de sociabilité littéraire, aussi bien en termes d’entraide professionnelle que de promotion littéraire d’ouvrages. Leurs trajectoires se distinguent de celles de leurs confrères en ce que toutes ne prépublient pas de chapitres en feuilletons et que les périodiques dans lesquels elles écrivent sont principalement des journaux féminins et pour enfants. Ensuite, elles font des colonnes des périodiques un espace d’argumentation en faveur des écritures des femmes. Si on retrouve chez elles le topos de la critique du champ littéraire, les griefs qu’elles expriment diffèrent de ceux de leurs confrères. Elles constatent et condamnent la critique ad feminam qu’elles rencontrent, elles mettent en lumières des carrières littéraires de femmes, elles valorisent certains des marqueurs de la féminité comme le quotidien, la sphère domestique ou le sentiment, en les qualifiant de matériau de création littéraire. Cette recherche nous a permis de mesurer la participation des écrivaines-journalistes à la définition de leurs propres postures mais encore à la reconfiguation des écritures et des postures à ce stade particulier de l’histoire de l’imprimé. Précisément du fait des compositions à opérer pour parvenir à s’y faire accepter, certaines ont expérimenté des écritures et des postures novatrices, notamment par un jeu sur l’hybridité ou l’androgynie. Nous entendons par là qu’en reprenant les motifs des postures disponibles, fondées sur des marqueurs entendus comme virils et en leur associant des signaux clairs du modèle féminin bourgeois attendu, elles ouvrent une troisième voie, un modèle mixte ou androgyne ; comme une posture « des deux sexes et autres » (Balzac). 

 

 


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