Sociétés - Espaces ruraux

Lieu : Amphithéâtre de la MRSH
Début : 05/03/2019 - 14:30
Fin : 05/03/2019 - 17:00
Responsable(s) scientifique(s) : Jean-Marc Moriceau et Philippe Madeline
  • Remise du Prix Marcel Lachiver (Concours national du meilleur master d'histoire organisé par l’Association d’Histoire des Sociétés Rurales : http://www.unicaen.fr/recherche/mrsh/socrurales/5785
  • Stéphane KRONENBERGER, Docteur en histoire contemporaine, post-doc.lab. Telemme, Marseille, « Les fromagers et fromages suisses en Franche-Comté (1850-1914) »

    Résumé : Les migrations entre campagnes suisses et françaises, s’inscrivant sur la longue durée des relations entre les deux pays, ont eu un impact économique extrêmement positif des deux côtés de la frontière que le recours aux sources de la micro-histoire a permis d’affiner. Les flux de fromagers fribourgeois et alémaniques se sont ainsi succédés, selon des temporalités variées, afin de combler le manque partiel mais constant de main-d’œuvre spécialisée en Franche-Comté pour produire du gruyère, puis une quantité croissante d’emmental. Ces déplacements sont également à mettre en relation avec les dynamiques inhérentes aux sociétés d’origine, longtemps marquées par une forme complexe de pluriactivité, dont l’émigration temporaire à l’étranger constitue une composante essentielle. La prise en compte de trajectoires complètes a par ailleurs permis de mettre en exergue en Suisse comme en France la descente progressive vers la plaine de la production fromagère, et par conséquent la crise de la montagne fribourgeoise, synonyme d’une installation plus durable au-delà de la barrière jurassienne à partir des deux dernières décennies du XIXe siècle. Les fromagers suisses contribuent alors à la revitalisation de campagnes comtoises affaiblies démographiquement. Cette réussite visible de tous et enviée par certains renforce, notamment en temps de crise économique ou de guerre, un courant d’opinion hostile aux Suisses. Ces derniers sont alors stigmatisés comme des profiteurs qui s’enrichissent avec avidité au détriment des autochtones. Le net tarissement du flux migratoire qui se produit au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, puis la fermeture de la plupart des fromageries tenues par des familles d’origine suisse dans les décennies suivantes ont presque fait disparaître de la mémoire collective cet apport économique majeur et de longue durée à l’économie comtoise.