L’ŒUVRE DANS SES CONTEXTES : DISCOURS, INSTITUTIONS, ARCHIVES

Responsables : Julie Anselmini et Myriam JUAN

 

Dans la continuité du précédent axe « Archives de la création », il s’agit de fédérer ici les recherches en Littérature et Arts du spectacle qui s’attachent aux conditions de production, de circulation, de diffusion, de réception et d’interprétation des œuvres littéraires, théâtrales et cinématographiques, recherches qui, sans négliger leur dimension esthétique, s’intéressent au premier chef aux conditions d’existence des œuvres, qu’il s’agisse de productions fortement ou faiblement légitimées culturellement. Les approches privilégiées, historiques, culturelles, sociales et politiques, convoquent des archives de natures diverses, tout en élargissant la notion d’archive aux acceptions suivantes : 
 
L’archive comme un ensemble matériel de documents ayant trait à la genèse des œuvres, à leur fabrication,à leur diffusion et à leur réception : carnets d’écrivains ; correspondances ; entretiens ; lettres de lecteurs ; articles de presse ; scénarios, tapuscrits, contrats et devis ; dossiers éditoriaux ; manuscrits philosophiques clandestins…Cette perspective ne saurait négliger l’apport désormais indispensable des « humanités numériques » dans la construction et l’organisation de l’accessibilité des données d’archives. 
L’archive comme « lieu social » 
Dans la lignée des analyses de Michel de Certeau, en particulier dans L’Écriture de l’histoire (1975), il s’agit d’envisagerplus abstraitement l’archive comme la situation sociale et historique dans laquelle les œuvres littéraires, théâtrales ou cinématographiques naissent. L’archive peut être alors perçue comme un ensemble d’éléments qui composent, dans leur conjonction mouvante, un véritable « observatoire social » (Arlette Farge, Le Goût de l’archive, 1989). L’analyse des discours critiques sur la littérature, le théâtre ou le cinéma illustre notamment cette conception de l’archive.
L’archive comme marqueur institutionnel
L’archive a elle-même un caractère institutionnel (Paul Ricoeur rappelle que les archives « résultent de l’activité institutionnelle ou professionnelle »,dans Temps et récit, 1985). Mais elle a aussi à dire sur les institutions qui régissent à un moment donné de leur histoire la production littéraire, artistique et culturelle.C’est ainsi que les conditions d’édition ou de réalisation, de diffusion et de circulation des livres, des films et des spectacles conditionnent la création, ou pour le moins influent sur elle – réalité qui apparaît avec encore plus d’évidence quand on se penche sur les conditions juridiques et politiques encadrant les productionsculturelles. 
 
Au sein de cet axe, les approches des œuvres littéraires, théâtrales et cinématographiques exploitent ainsitoutes ce qu’on pourrait appeler, dans un sens étendu, les « archives de la création ». Les principaux objets ciblés sont :
 
La critique génétique et l’étude de la production artistique
Elles mobilisent brouillons, carnets, correspondances, documents de travail de toutes sortes. Elles peuvent également se pencher sur les conditions matérielles de la création grâce à la consultation par exemple de contrats, ainsi que sur les collaborations artistiques, notamment dans le domaine du cinéma et du spectacle vivant. Elles peuvent encore s’attacher aux rapports entre la création et certaines institutions comme la censure, ainsi qu’aux modalités de réalisation des œuvres (histoire éditoriale, histoire de la diffusion des œuvres). 
 
Les discours critiques et leurs dialogues
Présenté dans le cadre des Réseaux d’intérêt normand (RIN) et financé pour trois ans (octobre 2019-octobre 2022) par la Région Normandie, le projet intitulé « Des critiques : frontières et dialogues des discours critiques et des champs disciplinaires », co-dirigé par J. Anselmini et V. Vignaux, a été conçu afin de mener une réflexion transversale, associant enseignants-chercheurs en philosophie, littérature, sociologie et études cinématographiques, et réflexion disciplinaire. Ce programme de recherche a en effet l’ambition d’interroger, d’un point de vue historique (en revenant sur les évolutions des différents discours critiques depuis le XVIIIe siècle) et synchronique (en questionnant plus particulièrement l’état des critiques aujourd’hui) la fécondité du dialogue entre les différents discours critiques, dans les études philosophiques, littéraires, sociologiques et cinématographiques. 
 
Les œuvres comme témoins des imaginaires sociauxde leurs temps
Il s’agit d’étudier comment les productions artistiques et culturelles véhiculent des représentationsà travers lesquelles s’exprime la manière dont une société donnée pense le monde, influençant les pratiques et les sensibilités qui y ont cours, participant à la fabrique et à la diffusiondes identités collectives, notamment les identités genrées. 
Les multiples formes de discours auxquels les œuvres donnent lieu, à côté voire résolument en marge de la critique professionnelle, entrent également dans ce champ d’étude. Les courriers des lecteurs des magazines, les lettres d’admirateurs et d’admiratrices, ou encore les journaux intimes, permettent ainsi d’appréhender la réception ordinaire des œuvres, tout en interrogeant la manière dont lecteurs et spectateurs s’approprient ces dernières.
 
L’Auteur et l’auctorialité
Cette question, visant à interroger la notion d’auctorialité à un moment historique donné, est à la jonction des approcheset objets précédemment évoqués dans la mesure où elle les sollicite tous : les écritures individualisées ou, inversement, collectives et collaboratives ; les institutions ; les médias ; les imaginaires de l’œuvre et de l’auteur ;le contexte idéologique ; les instances de légitimation, etc.
 
Usages et devenirs des archives (conservation, valorisation, numérisation)
Dans une perspective à la fois plus réflexive et pragmatique, ce sous-axe a enfin vocation à accueillir différents projets liés à l’exploitation, à l’édition et à la valorisation de fonds d’archives.Ilpeut s’appuyer en la matière sur l’expérience portée par le programme collaboratif de recherche et de valorisation PAENO (« Patrimoine écrit conservé en Normandie à l’ère du numérique »), piloté depuis dix ans par L’université de Caen Normandie (MRSH), Normandie Livre et Lecture, la DRAC Normandie, et l’université de Rouen Normandie (IRHIS).